en échange d’un de ses béliers parce que convaincu de pouvoir gagner presque le double en faisant de ce bélier un géniteur. 

Comment se passe votre activité ?
Nous sommes dans l’amélioration des racines ovines. Nous ne produisons pas de la viande mais nous faisons de la semence en quelque sorte. Nous produisons des espèces dont le rôle est d’améliorer les races moyennes. Le problème auquel nous sommes confrontés est l’intrant. Le coût de l’aliment est un peu élevé. Aujourd’hui, la paille d’arachide coûte 5 000 francs, le sac. Il y a aussi d’autres charges liées à la bonne gestion de la bergerie comme les salaires, la main-d’œuvre, les honoraires du vétérinaire qui sont également élevés.

Il y a aussi un problème d’écoulement. Nous produisons des bêtes de race et nos potentiels clients sont ceux qui ont des cheptels moyens, du point de vue de la qualité, et qui voudraient l’améliorer. Ce sont eux qui doivent venir acheter nos espèces pour améliorer leur cheptel. Mais, il se trouve qu’une bonne partie de nos géniteurs sont, hélas !, abattus pendant la Tabaski ou pendant les baptêmes. Or, le but était d’améliorer des races.

Est-ce à dire que le mouton perd de sa valeur ?
Bien sûr ! Parce qu’un bon géniteur qu’on vend pour la Tabaski pourrait perdre de sa valeur. La personne qui achète un mouton pour la Tabaski ou un baptême, il a un seuil qu’il ne peut dépasser. Ces bêtes, quand même, méritent un certain prix. Et ce prix ne peut être payé que par un éleveur qui a pour but d’améliorer son cheptel et qui connaît la valeur de ces races.

Vous n’avez donc pas affaire avec les bourses moyennes ?
Non, ça dépend. Nous n’excluons aucune partie, mais nous produisons de la qualité. Par exemple, vous pouvez voir un Ladoum vendu à 300 000 francs, 400 000 francs ou 700 000 francs. Le Ladoum, c’est comme une marque de véhicule. Une marque Peugeot, la 406 par exemple, coûte plus chère que la 206 et la 508 coûtent plus cher que la 406, ainsi de suite… Or, tous sont de la même marque. Le Ladoum, c’est pareil. C’est entre les bergeries. Vous pouvez aller dans une bergerie où une bête adulte ne peut pas dépasser 600 000 francs alors que dans une autre plus cotée, vous ne pouvez pas avoir l’agneau à moins de 700 000 francs. C’est une question de germe. C’est le potentiel génétique qui fait la différence.

Il y a une catégorisation des bergeries en fonction de la qualité des bêtes élevées. C’est ce qui explique que, dans une certaine bergerie, le propriétaire ne peut pas dépasser 500 000 francs. Et dans une autre, le minimum, c’est 800 000 francs. Là, c’est la qualité de la bête qui entre en jeux. Plus la bête est de bonne qualité, plus elle est chère.

Depuis un certain moment, on commence à mesurer les bêtes par rapport à leur mensuration. Par exemple, par rapport à la longueur d’un mouton, on a atteint un record de 153 cm qu’on ne trouve même pas en Europe ou qui fait une hauteur de 1,12 m ou un tour de poitrine de 151cm. C’est ce qui détermine le prix des bêtes. Si vous payez cette bête qui a une mensuration extraordinaire, l’amélioration d’un cheptel moyen serait beaucoup plus rapide qu’avec une espèce d’amélioration moyenne.

Quel que soit le prix que vous avez acheté la bête, elle sera toujours rentable. Parce que paradoxalement, la bête la plus chère, c’est la plus rentable. C’est celle-là qui est la plus prisée et qui améliore fortement votre cheptel.

Quel est le prix le plus cher que vous avez eu à vendre ? 
J’ai eu des propositions. J’ai une bête qui était champion du Sénégal, champion de Paris et champion de la famille de l’élevage. On m’a proposé 10 millions de francs que j’ai refusés et que je ne regrette pas du tout.

Cette bête qui vaut 10 millions, son agneau à la naissance, c’est au minimum 800 000. Si cette bête se trouve dans une bergerie qui a 30 femelles, on est assuré d’avoir au moins, tous les 14 mois, quelque 60 agneaux parce qu’une femelle produit 2 fois, tous les 14 mois.

Donc, si on ne prend que la moitié, on dépasse largement le prix proposé sur le mâle. Il est beaucoup plus intéressant de faire des profits avec ce mâle que de le vendre à 10 millions francs.

C’est ce qui justifie les prix extraordinaires que vous entendez sur les agneaux.

Entre éleveurs, est-ce qu’il n’y a pas une certaine jalousie ?
Non, on n’a pas intérêt. Moi personnellement, que je sois le président ou non, j’ai toujours partagé. Un bélier, quel que soit sa nature, devrait profiter à l’élevage et non à l’éleveur. Par exemple, le géniteur dont je vous parlais, j’ai donné gratuitement au moins 70 portées à des gens extérieurs.

Et d’où vient le Ladoum, cette race tant prisée ?
Le Ladoum, on peut le considérer comme une race qui n’est pas catégorisée au Sénégal. Mais, les éleveurs le connaissent bien. Au Sénégal, il existe 3 races : Le Torobé, le Peulh-Peulh, le Ndama, appelé aussi le Dialanké. Parmi ces trois races, il y a le Torobé qui est le plus beau et le plus prisé. Les éleveurs ont voulu avoir une bête qui est, à la fois, grande et belle. Grande de par sa taille avec une belle robe, une longue queue, une tête ovale, des cornes kilométriques, de gros yeux blancs. Tout ceci, c’est l’aspect esthétique. Un animal qui regroupe tous ces critères, c’est le Ladoum.

Est-ce qu’il vous arrive de vendre dans la sous-région ?
Il y a de cela une dizaine d’années, nous partions en Mauritanie pour trouver des géniteurs pour améliorer nos races. Maintenant, c’est l’effet inverse. De plus en plus de Mauritaniens, de Maliens viennent chercher dans nos bergeries des bêtes pour améliorer leurs cheptels.

Et comment ça se passe ?
Ça se passe très bien parce qu’au Mali, à Bamako, il y a une association d’éleveurs comme nous. On les avait invités au dernier Salon de l’Elevage. Ils étaient venus avec leurs bêtes. La collaboration est parfaite. C’est une collaboration qui porte ses fruits

Vous parliez de développement et d’amélioration des races. Comment ça se fait ?
Pour améliorer une race, je vous donne un petit exemple. Je peux avoir une bête haute mais qui n’est pas longue. Pour l’améliorer, je vais chercher une longue et en mixant les deux, je peux avoir les deux. C’est avec le croisement qu’on peut améliorer une race. Les Européens l’ont fait avec leur race. La Hollandaise, par exemple, c’est une race améliorée. Et les Brésiliens sont la référence mondiale, aujourd’hui.